France: Vocation enseignante : « Mais qu’allais-je faire dans cette galère ? »

France/15 septembre 2020/  par Thibaut Poirot/https://www.lemonde.fr

Alors  que  la « crise des vocations » enseignantes fait régulièrement l’actualité, et que la revalorisation du métier est discutée au ministère, le professeur d’histoire Thibaut Poirot essaie de répondre à la question : pourquoi s’engage-t-on dans la carrière professorale ?

A chaque rentrée scolaire revient la question de la baisse régulière du nombre d’aspirants à la fonction professorale. Cette année ne déroge pas à la règle, sur fond d’annonce, à la fin du mois d’août, d’un « Grenelle des professeurs » pour discuter de la revalorisation du métier.

Les chiffres de cette désormais fameuse « crise des vocations » constituent un marronnier. Et les explications deviennent presque invisibles à force d’être répétées d’année en année : métier dévalorisé, salaire atone, reconnaissance sociale inexistante. Les éléments de langage sont, quant à eux, ripolinés : redynamisation, attractivité, opportunités nouvelles des carrières.

Pourquoi alors s’engage-t-on dans la carrière ? Pour souffrir ? Par esprit de rédemption ? Par foi dans la cause éducative ? Par… vocation ? Le vocabulaire moral et religieux est souvent déployé pour caractériser la mission du hussard noir de la République laïque. Comme s’il fallait combler les incertitudes d’une question troublante pour un professeur : qu’est-ce que je fais là, devant cette classe ?

Mythologie républicaine

Tâchons de retracer le chemin en ce qui nous concerne, avec ce que cela a de terriblement difficile et impudique. Qu’allais-je faire dans cette galère ? La question m’est revenue il y a peu, lancée par un élève : pourquoi suis-je là, dans ce lycée, dans ce coin de France, alors qu’avec mon CV je pourrais aspirer à « mieux », d’après lui ? Pourquoi suis-je devant eux ?

Parce que je suis devenu « quelqu’un » en étant professeur, aurais-je dû répondre. Autrement dit : je suis devenu professeur parce qu’être professeur, c’est être quelqu’un. C’est-à-dire être reconnu comme un acteur social qui peut changer des choses, qui, en faisant bien son métier, paye sa dette à la société. Je me suis donc engagé en suivant la mythologie républicaine la plus classique.

Suis-je aujourd’hui devenu « quelqu’un » ? Oui. Passer de l’anonymat du chargé de TD (travaux dirigés) dans une grande université parisienne à la figure, aux yeux des élèves, du « monsieur avec la cravate et le chapeau », c’est acquérir une identité sociale.

source de l’information: https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/09/15/vocation-enseignante-mais-qu-allais-je-faire-dans-cette-galere_6052206_3224.html

source de l’image:https://elpais.com/cultura/2016/09/30/actualidad/1475261118_566576.html

 

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