Une illustration du « Lotus bleu » provoque une âpre querelle parmi les experts de Tintin

 

Par Cédric Pietralunga

Mille sabords ! L’événement s’annonce comme le clou des ventes d’automne. Le 21 novembre, la maison parisienne Artcurial met aux enchères une illustration présentée comme la « couverture initiale » de l’album Le Lotus bleu, cinquième tome mythique des Aventures de Tintin, publié en 1936 par l’éditeur belge Casterman. Le dessin, réalisé en couleur directe par Hergé – une rareté –, représente le petit reporter et son chien Milou cachés dans un vase Ming bleu et blanc, faisant face à un dragon rouge peint sur un fond noir orné de volutes. Une image saisissante, dont la valeur est estimée entre 2 et 3 millions d’euros.

Selon la maison de ventes, ce dessin réalisé à l’encre de Chine, à l’aquarelle et à la gouache était destiné à servir de couverture à ce qui est considéré comme l’album du passage à l’âge adulte de Tintin, le premier doté d’un scénario abouti, où le style de l’auteur s’affirme. Mais il n’a jamais été publié. « Casterman l’a refusé parce qu’il était à l’époque trop cher à imprimer en quadrichromie, assure Eric Leroy, expert bande dessinée d’Artcurial. Hergé a dû en refaire une deuxième version, plus simple, qui a été retenue pour les premiers albums. » Devenue inutilisable, la gouache initiale aurait été offerte par Hergé au fils de son éditeur, Jean-Paul Casterman, alors âgé de 7 ans, qui l’aurait pliée en trois et oubliée pendant « plus de quatre-vingts ans » dans son bureau d’écolier.

” Une esquisse de travail “

Le hic ? Ce récit est contesté par les tintinophiles, qui ne croient pas à la version livrée par la maison d’enchères. « Cette histoire est une légende, assure Philippe Goddin, auteur de Hergé. Chronologie d’une œuvre (éd. Moulinsart) et spécialiste de TintinCe dessin est une esquisse de travail, qui n’était pas destinée à être publiée. C’est Hergé lui-même qui l’a plié et l’a envoyé à son éditeur, attaché par un trombone à une lettre. » « C’est une ébauche très poussée, mais on voit que le dessin n’est pas terminé, abonde Benoît Peeters, auteur de deux biographies de Hergé. Le visage de Tintin, notamment, n’est pas totalement fini. Jamais Hergé n’aurait proposé ce dessin pour être publié tel quel. »

Selon la correspondance de l’auteur, conservée par ses ayants droit et par Casterman, Hergé a envoyé le dessin à son éditeur le 12 février 1936. Dans un courrier qui l’accompagne, adressé à Charles Lesnes, son responsable éditorial de l’époque, le créateur de Tintin parle lui-même d’un « premier projet de dessin de couverture », qu’il se propose de « mettre au net » s’il convient à Casterman. C’est dans cette missive qu’il évoque pour la première fois le titre de l’album. « Le Lotus bleu ! C’est court, ça fait chinois, et ça fait mystérieux », y plaide le dessinateur. « Hergé écrivait souvent à son éditeur, des lettres accompagnées de dessins, pour évoquer tel ou tel projet. Mais ceux-ci n’étaient pas destinés à être publiés. C’est pour ça qu’il les pliait, pour que ça entre dans une enveloppe », explique M. Goddin.

Source: https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/09/26/tintin-et-la-couverture-mysterieuse_6053700_3246.html

Source de l’image: https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/09/26/tintin-et-la-couverture-mysterieuse_6053700_3246.html

 

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