France: COVID-19 En Seine-Saint-Denis, des profs épuisés dénoncent «l’impréparation totale de l’Education nationale»

France/ 24 Octobre 2020/ Source/ https://www.liberation.fr/

Par  Cécile Bourgneuf

Les syndicats d’enseignants et de personnels des établissements scolaires du département appellent à une journée de grève et de manifestation le 17 novembre pour réclamer un «plan de rattrapage pour les services publics».

«Sur le terrain, ça tire», résume Sabine Duran, directrice d’une école à Pantin. Yeux maquillés de khôl noir et traits tirés, elle déroule, lors d’une conférence de presse à la Bourse départementale du travail à Bobigny (Seine-Saint-Denis) mercredi soir, toutes les difficultés auxquelles elle est confrontée en cette rentrée marquée par la crise sanitaire. Pénurie de remplaçants, pas de moyens supplémentaires pour aider les élèves en difficulté ou manque de points d’eau : «On a une douzaine de lavabos pour 170 élèves donc il y a la queue le matin et encore, on est bien lotis parce que le bâtiment est assez récent. Là où j’étais avant, à Aubervilliers, il n’y a que huit lavabos pour deux écoles, soit 600 élèves environ !»

Pas facile d’appliquer le protocole sanitaire à la lettre donc, comme le déplore Karim Bacha, directeur d’école élémentaire à l’Ile-Saint-Denis et représentant Snuipp-FSU 93 : «Les locaux, qui sont souvent dans un état déplorable en Seine-Saint-Denis, ne sont pas toujours propres. Une enseignante de mon école a été testée positive et il a fallu que je me batte avec la mairie pour que sa salle soit nettoyée. Depuis fin septembre, ça s’est sérieusement dégradé pour tout le monde.» L’épidémie et «l’impréparation totale de l’Education nationale» en cette rentrée n’ont selon lui fait qu’amplifier les inégalités déjà existantes sur ce territoire. Son syndicat, réuni avec d’autres dans une instersyndicale représentant les différents corps de métiers de l’Education nationale, appelle à une grève dans les établissements scolaires du département le 17 novembre.

«Là, c’est pire que tout» 

Dans ce département le plus pauvre de métropole, qui a connu au printemps l’une des plus fortes surmortalités liée au Covid, les élèves ont particulièrement besoin d’être encadrés. Les profs les ont retrouvés fatigués, désorientés après des mois sans école et très stressés par l’épidémie. Or les établissements manquent d’infirmières, d’assistantes sociales, d’agents techniques du département, d’accompagnants pour les enfants en situation de handicap, de psychologues, de médecins scolaires – avec souvent un seul médecin pour tous les établissements d’une commune – et aussi d’enseignants.

«On tirait déjà la sonnette d’alarme avant l’épidémie mais là c’est pire que tout. Entre les maladies habituelles, les cas positifs au Covid et les cas contacts, on a énormément de postes qui ne sont pas remplacés», dénonce Karim Bacha. Résultat : au revoir la distanciation sociale, les élèves sont répartis dans les classes. «On est sur tous les fronts, avec souvent des jeunes entassés dans les salles. On est très fatigués, au bout du rouleau», alerte ce directeur d’école. Ce dernier l’assure : les profs signalés comme cas contacts sont incités à ne pas s’isoler, et donc à taire leur situation aux collègues et aux familles, pour éviter l’hécatombe de personnel.

«Une forme d’amateurisme»

Les syndicats dénoncent aussi un manque de communication, pour ne pas dire une grande opacité, autour des élèves testés positifs. «Certains collèges n’auraient, comme par magie, aucun élève malade du Covid, pointe ironiquement Grégory Thuizat, cosecrétaire départemental du SNES-FSU 93. Ce professeur de français raconte avoir récemment exercé un droit de retrait avec ses collègues après avoir découvert qu’une élève testée positive avait pu poursuivre les cours, l’air de rien, alors que la direction de l’école était au courant. «Sous la pression, elle a fini par nous le révéler au bout d’une semaine ! Les directions d’établissements ont clairement reçu comme message de ne pas se laisser entraîner sur le terrain sanitaire pour garder le plus d’établissements ouverts», affirme-t-il, estimant que le rectorat se montre plus prompt à dénoncer l’absentéisme.

bsents. Le rectorat a finalement plaidé une erreur de calcul. «Cela montre un gros problème de communication et même une forme d’amateurisme, s’agace Grégory Thuizat. Et, évidemment, ça stigmatise encore clairement la Seine-Saint-Denis alors que nous, on demande simplement plus de moyens pour une continuité du service public». Mais pas au prix de la santé du personnel scolaire ni de celle des élèves.

Source

https://www.liberation.fr/france/2020/10/16/en-seine-saint-denis-des-profs-epuises-denoncent-l-impreparation-totale-de-l-education-nationale_1802488

 

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