France: Le nouveau protocole tente de limiter le brassage des élèves

France/ 01 Novembre 2020/Source/ http://www.cafepedagogique.net/

By François Jarraud

 Comment limiter le brassage des élèves sans toucher à la capacité d’accueil des établissements ? C’est la question posée aux écoles et établissements après la publication du nouveau protocole sanitaire. La contrainte reste très légère tant l’accent reste mis sur l’accueil de tous. L’enseignement à distance doit rester exceptionnel et soumis à autorisation du rectorat. Le risque sanitaire dans les établissements scolaires passe après le maintien de l’activité économique.

Des masques pour les écoliers

 

Présenté par JM Blanquer le 29 octobre, le nouveau protocole ne change pas grand chose pour les élèves et les enseignants si ce n’est le port du masque obligatoire pour les écoliers à partir de 6 ans. Ce changement était attendu par les professeurs des écoles qui faisaient face à des classes chargées avec comme seule protection leur masque tissu fourni par le ministère. Il n’ira pas de soi. Selon le décret sanitaire publié le 30 octobre, le masque ne reste obligatoire en dehors de l’école qu’à partir de 11 ans, y compris dans les transports. C’est donc l’école qui aura la charge de faire respecter cette mesure.

Le retour des bulles de sécurité

“Le principe est celui d’un accueil de tous les élèves, à tous les niveaux et sur l’ensemble du temps scolaire”, annonce d’emblée le protocole. Partant de ce principe les modifications ne peuvent être que facultatives ou légères même si le protocole tente de revenir sur les règles de distanciation physique et de brassage des élèves.

Le nouveau protocole rétablit la notion de “bulle de sécurité” imaginée au printemps dernier. Là où la distanciation physique n’est pas possible, c’est à dire presque partout dans les écoles et établissements, les élèves doivent être séparés par niveau.

Ainsi à l’école maternelle, “la distanciation ne s’impose pas entre les élèves d’un même groupe (classe, groupe de classes ou niveaux), que ce soit dans les espaces clos (salle de classe, couloirs, réfectoire, etc.) ou dans les espaces extérieurs”. Dans les écoles, collèges et lycées, “la distanciation physique doit être maintenue, dans tous les cas, entre les élèves de groupes différents (classes, groupes de classes ou niveaux)”.

Un non brassage très limité

Cela va avec la règle du non brassage. “La limitation du brassage entre élèves de groupes différents (classe, groupes de classes ou niveau) est requise. En fonction de leur taille, les écoles et établissements scolaires organisent le déroulement de la journée et des activités scolaires pour limiter les croisements entre élèves de groupes différents (classe, groupes de classes ou niveau). Cette limitation est d’autant plus nécessaire lorsque la distanciation entre élèves d’un même groupe peut difficilement être respectée (en particulier à l’école maternelle). Lorsque le non brassage entre classes n’est pas possible (notamment en Première, Terminale), la limitation du brassage s’applique par niveau. Cette limitation doit être pleinement opérationnelle au plus tard le 9 novembre 2020”.

Concrètement les directeurs d’école et les proviseurs vont avoir une semaine pour revoir les emplois du temps et décaler les temps de récréation et d’accueil là où cela n’a pas été déjà fait et où les locaux et cours ne permettent pas la séparation. La contrainte n’est pas forte à partir du moment où le non brassage peut s’exercer par niveau. Ainsi au lycée, on pourra continuer à mélanger les élèves des différentes classes pour les spécialités. Au collège on pourra aussi mélanger les groupes classes pour les langues ou d’autres enseignements spécialisés. Et les salles de classe pourront continuer à regrouper 35 élèves et plus au lycée par exemple.

Il est demandé aux chefs d’établissement de ne décaler les rentrées que s’ils le peuvent. La contrainte du nombre de salles est gérée elle aussi de façon optionnelle : “il est recommandé d’attribuer une salle à chaque classe (en dehors des salles spécialisées et des ateliers)”. A noter que le protocole ne dit rien du nettoyage des salles spécialisées entre le passage de groupes différents.

Les récréations ont organisées par groupes et peuvent être remplacées par “des temps de pause en classe”.

Enseignement à distance exceptionnel

Beaucoup d’enseignants attendaient face à l’épidémie l’application du protocole de continuité pédagogique imaginé par le ministère cet été, avec une partie d’enseignement à distance. Le nouveau protocole ne le prévoit que pour les lycées et “l’accord et l’appui du rectorat”. Autrement dit de façon tout à fait exceptionnelle.

Des points inapplicables

Le protocole annonce un renforcement de  l’aération et du nettoyage qui semble irréaliste. L’aération des locaux doit avoir lieu toutes les 2 heures durant 15 minutes. Mais rien n’est prévu pour assurer le chauffage des locaux. A l’exception de la région Auvergne Rhône Alpes, les collectivités locales n’ont pas prévu de purificateurs d’air qui permettraient de concilier aération et hiver.

Le nettoyage des locaux reste quotidien. Le nouveau protocole ajoute le nettoyage des surfaces les plus fréquemment touchées par les élèves plusieurs fois par jour. Mais qui va le faire ? Le personnel de nettoyage relève des collectivités locales. Et là aussi rien n’a été anticipé.

La restauration collective est maintenue alors qu’on sait que c’est un lieu de brassage des élèves. Selon le protocole les élèves d’un même groupe doivent déjeuner à distance d’un mètre de ceux des autres groupes. Mais un groupe correspond à un niveau. Dans les grands établissements il suffit de faire déjeuner sur des tranches horaires légèrement décalées les niveaux pour que rien ne change.

Les internats restent ouverts avec comme seule obligation une distance d’un mètre entre les lits.

Toutes ces règles s’appliquent également aux classes de l’enseignement supérieur, CPGE et de BTS, dans les lycées. Alors que les autres étudiants basculent dans l’enseignement à distance.

L’économie plus forte que l’école ?

” Nous savons que la fermeture des écoles et des établissements entraîne l’aggravation des retards scolaires et nous ne voulons pas cela”, a expliqué JM Blanquer le 29 octobre en présentant le protocole. Il apparait surtout que JM Blanquer et le gouvernement ont fait le choix de maintenir les écoles ouvertes pour que les parents puissent continuer à travailler. L’économie l’emporte sur la santé des élèves et des enseignants. Pour cela le ministre a minimisé les risque en utilisant des chiffres officiels fort critiqués. Ainsi quand le ministre dit “il y avait 293 classes fermées, ce qui correspond à 0,06 %”, il oublie de préciser que les règles de fermeture ont été très assouplies. Elles ne sont d’ailleurs pas revues.

Pour le ministre, “l’école est un espace sécurisé parce qu’on y respecte plus les règles qu’ailleurs”. Mais la réalité du protocole c’est qu’aucun des gestes barrières n’est réellement respecté. Le nettoyage des mains reste difficile au regard d’installations sanitaires insuffisantes. La distanciation n’est pas respecté. Le non brassage est la règle mais il est élargi à des groupes qui peuvent comporter des centaines d’élèves.

En fait, et de nombreux enseignants ne manquent pas de le dire dès maintenant, le nouveau protocole est le maintien de l’ancien , avec sa même sous estimation du risque. Pourquoi alors le ministre parle t-il de “protocole durci” ? Peut-être parce qu’il craint le retrait de nombreux élèves des écoles et établissements. Le ministère est-il décidé à faire respecter l’obligation scolaire ou sera t-il souple comme il l’a été au printemps dernier ?

Quelle réaction des syndicats et des parents ?

Des syndicats enseignants ont fait pression pour un protocole réellement “durci” avec des groupes classe allégés. Ils ne sont pas entendus. Et les rares exigences du nouveau protocole peuvent contraindre les directeurs et chefs d’établissement à des modifications qui sont exigées pour le 9 novembre.

Aussi le Snuipp Fsu demande que ” la rentrée des élèves doit être repoussée au mardi 3 novembre dans les conditions prévues pour rendre hommage à Samuel Paty” pour pouvoir organiser la rentrée.

Le Snes-Fsu avait demandé “un fonctionnement en demi-groupes, recrutements de personnels, d’AED mais aussi d’agents territoriaux (pour assurer un nettoyage et une désinfection des salles), réorganisation de la demi-pension pour limiter le brassage des élèves, nouvelles modalités d’aération des salles. Des mesures doivent aussi être prises sur le plan pédagogique parmi lesquelles l’aménagement des programmes et un nouveau calendrier du bac (report des EC1 et des épreuves de spécialité en juin)”. Les syndicat appelle “les personnels à se saisir de tous les moyens d’action pour faire valoir leurs droits et assurer leur sécurité”. Un préavis de grève est déposé jusqu’au 7 novembre.

Le Snalc avait aussi demandé ” la diminution des effectifs par classe sous forme de demi-groupes” et prévenu que ” si l’on présentait au Snalc un protocole bricolé et à peine adapté par rapport à l’actuel, le Snalc saurait prendre ses responsabilités”. Un préavis de grève est déposé jusqu’aux congés de Noël.

Le Se-Unsa refuse que ” les personnels passent les trois prochains jours à résoudre la quadrature du cercle. Ils accueilleront les élèves dans les meilleures conditions possibles lundi et doivent pouvoir utiliser toute la semaine à construire le fonctionnement permettant de répondre pleinement aux nouvelles consignes”. Le protocole fixe lui-même la date du 9 novembre.

Sud Education appelle directement à la grève. “Les annonces du ministre sont dérisoires et se limitent à évoquer l’aération des locaux, d’augmenter la fréquence des nettoyages des locaux sans personnel supplémentaire, limiter les brassages d’élèves sans dédoublement des classes… Ces mesures ne sont que de la poudre aux yeux et ne servent que d’alibi au ministre”, estime le syndicat. Il “appelle les personnels à se réunir dès lundi pour imposer des mesures adaptées à la réalité, permettant de protéger les personnels et les élèves et décider des moyens d’action à adopter, à commencer par la grève”.

Mais les enseignants ont aussi gardé en mémoire la dénonciation médiatique des enseignants à l’issue du premier confinement. Le ministre ne manque pas de rappeler la nécessité de l’union sur ces propres décisions.

Le vrai test pourrait être plutôt chez les parents. Une partie d’entre eux va se retrouver au chomage ou en télé travail. Accepteront-ils d’envoyer leurs enfants à l’école dans des conditions de sécurité très relatives ?

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/10/28102020Article637394709527641917.aspx

 

 

 

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