France: Abus sexuels, les évêques français avancent sur leur responsabilité collégiale Abonnés

France/ 25 Février 2021/ Source/ https://www.la-croix.com/

Analyse

Pendant trois jours, les évêques ont réfléchi à l’épineuse question de leur responsabilité face aux abus sexuels commis dans l’Église. Ces réflexions ont permis d’avancer notamment sur la question d’une démarche de pardon.

Par Céline Hoyeau

Cet évêque le reconnaît volontiers. Prenant connaissance du thème de l’Assemblée plénière extraordinaire consacrée aux abus dans l’Église, du 22 au 24 février, il avait éprouvé une certaine gêne, la crainte d’être « encore dans l’autoflagellation ». Mais les échanges avec des victimes durant les groupes de parole, et l’intervention de Henry Rousso, le président de la Mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme, ont dédramatisé et clarifié à ses yeux l’épineuse question de la responsabilité des évêques.

Il peut y avoir responsabilité sans imputabilité, a rappelé l’historien. Autrement dit, quand l’État reconnaît sa responsabilité vis-à-vis des victimes et les indemnise, cela ne signifie pas que tel responsable politique est responsable pénalement. « Je pouvais me sentir responsable pour aujourd’hui et pour demain, mais je n’arrivais pas à me considérer responsable pour le manque de jugement de mes prédécesseurs, ni pour les égarements passés de l’institution », confie encore cet évêque, reconnaissant avoir « évolué » : « Cette intervention nous a permis de clarifier les choses. La responsabilité ne signifie pas culpabilité, mais solidarité : parce que nous sommes évêques, nous devons répondre de ce qui s’est passé ».

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Cette prise de conscience est sans doute l’une des grandes avancées de cette Assemblée plénière extraordinaire, qui s’est déroulée à distance, en raison des restrictions sanitaires. « La question n’est pas tant de quoi est-on responsable, que comment assume-t-on ? Et j’ai entendu plusieurs évêques s’interroger sur la manière dont ils pourraient assumer leur responsabilité de façon collégiale », salue Véronique Garnier, l’une des victimes invitée à l’assemblée.

Une démarche de pardon à définir

La liberté et la gratuité de ces échanges, qui n’étaient pas censés conduire à des décisions immédiates, ont favorisé la qualité du dialogue et de l’écoute, saluée par les victimes associées au travail. La pièce de théâtre Pardon ? de Laurent Martinez, projetée lundi soir, a aussi alimenté la réflexion et marqué les esprits.

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Les évêques ont ainsi évolué sur la possibilité d’une démarche de demande de pardon : « Ce ne serait pas l’institution qui demanderait pardon aux victimes, mais elle s’adresserait à Dieu pour demander pardon pour le mal commis par ses membres », détaille l’un d’entre eux. Sous la forme d’une déclaration ? D’une célébration liturgique du pardon ? « Le peuple de Dieu ne peut être spectateur, il faut réfléchir à la manière dont cette démarche peut être celle de toute l’Église », ajoute cet évêque.

Des avis encore partagés

Au terme de leur assemblée, ils ont remis de grandes orientations au conseil permanent qui doit se réunir lundi 1er et mardi 2 mars, avant de leur faire un retour. Prendront-ils des décisions dès le mois de mars, comme ils l’avaient initialement annoncé ? Le communiqué final de l’assemblée est demeuré assez général, indiquant simplement que cette session s’inscrivait dans la perspective de l’Assemblée plénière de printemps qui aura lieu du 23 au 26 mars et « dont le but sera d’engager l’Église en France pour plusieurs années dans un dispositif viable afin de la conduire hors de la crise des agressions sexuelles et des abus de pouvoir » ; mais aussi « dans la perspective de la réception du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) », en octobre prochain.

La question du calendrier reste en débat. Certains, sensibles au discours des victimes, souhaitent attendre l’assemblée de novembre pour prendre des décisions. « Il faut prendre les choses dans l’ordre : d’abord les résultats de la Ciase, qui vont être un tsunami dans les communautés, puis une prise de parole publique et seulement après, des gestes concrets », a martelé Olivier Savignac, invité au à l’Apex au titre du Collectif Foi et résilience. D’autres évêques estiment qu’il leur faut « prendre leurs responsabilités dès maintenant », quitte à ce qu’elles soient complétées par la suite, à partir des préconisations de la Ciase. D’autres encore ne veulent pas se faire dicter les décisions par une instance extérieure.

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Si l’idée d’une indemnisation forfaitaire systématique semble en tout cas abandonnée, celle d’un secours adapté au cas par cas a été évoquée. La Ciase, elle, réfléchirait à un forfait de base auquel s’ajouterait un deuxième niveau d’indemnisation, en fonction de la situation de chaque victime et du préjudice subi.


« Beaucoup ont dit qu’il fallait faire preuve d’humilité »

Brigitte Navail
Victime, membre du collectif Foi et résilience

« Le groupe d’évêques dans lequel je me trouvais n’est pas resté en surface des questions de responsabilité. Beaucoup ont dit qu’il fallait faire preuve d’humilité. Pour ma part, je n’attends pas qu’un évêque me demande pardon. Celui qui devrait le faire, c’est mon agresseur, mais il n’est plus là. J’attends en revanche que l’Église reconnaisse qu’elle a failli en ne nous protégeant pas. J’aimerais entendre quelque chose comme : “Nous, évêques de France, reconnaissons la responsabilité de nos pères et demandons pardon à Dieu de ce mal commis par des membres du clergé envers les plus petits”. »

Slource

https://www.la-croix.com/Religion/Abus-sexuels-eveques-francais-avancent-leur-responsabilite-collegiale-2021-02-24-1201142438

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