France: Bernard Charlot : Les fondements anthropologiques de l’apprendre

France/ 07 Mai, 2021/ Source/ http://www.cafepedagogique.net/

Par F Jarraud

“Apprendre est toujours plus qu’acquérir un geste, un comportement, un savoir, c’est entrer dans un monde partagé avec d’autres, dans une situation socio-historique particulière et en y occupant une certaine place et, par son histoire, s’y construire comme exemplaire singulier de l’humain. Aussi ce rapport épistémique est-il toujours, également, un rapport social et identitaire”. Dans un bel article  publié par la Rivista Internacional Educon (vol 2 n°1), Bernard Charlot revient sur son itinéraire intellectuel qui lui fait construire une théorie du rapport au savoir en partant du constat des inégalités sociales de réussite scolaire.

 

Apprendre une histoire toujours singulière

 

“Si, comme le montrent les statistiques, la probabilité de réussite ou d’échec scolaire varie selon la classe sociale, il n’en reste pas moins que, malgré tout, certains élèves de milieux populaires réussissent à l’école. Ces réussites paradoxales sont statistiquement minoritaires, mais ne sont pas exceptionnelles”. Alors les expliquer implique de dépasser la théorie de l’habitus et du capital culturel hérités de Bourdieu et Passeron.

 

“Les cas atypiques de réussite ou d’échec prouvent qu’il n’y a pas de déterminisme social : connaître l’origine de l’élève ne permet pas de prédire son destin scolaire”, continue t-il. “Mais le risque est grand, alors, de retomber dans une explication naturalisante ou individualisante, par le don ou par un mystérieux mérite dont on n’analyse pas les conditions d’apparition. Le social, même dans les cas atypiques, ne cesse pas de produire des effets : niveaux variables d’investissement et sursélection (les élèves de milieux populaires doivent faire plus d’efforts pour obtenir les mêmes bénéfices scolaires que ceux des familles favorisées), formes de l’expérience scolaire, rentabilisation sociale différente des diplômes obtenus etc. Mais le social produit ses effets dans des histoires singulières. Que l’histoire scolaire soit atypique ou qu’elle corresponde à la ligne de plus grande pente statistique, c’est toujours une histoire à la fois singulière et sociale”.

 

Aux fondements anthropologiques

 

Bernard Charlot change alors la dimension. “C’est cette double lecture que la théorie du rapport au savoir propose; non pas une analyse en termes de socialité puis en termes de singularité, de façon additive, mais une approche multiplicative pour comprendre la construction singulière d’un sujet à partir de ce que la société lui propose et lui impose. Ce qui ouvre une question anthropologique : qu’est-ce que cette étrange espèce, Sapiens, qui existe sous des formes à la fois socialement différentes et éminemment singulières?”

 

D’où “les fondements anthropologiques de la théorie des savoirs” que construit Bernard Charlot. “Mon humanité est celle d’un monde que je m’approprie par l’éducation : l’éducation est un processus d’humanisation. Cette appropriation exige, impérativement, deux conditions. Premièrement, un être hominisé : un nouveau-né chimpanzé, adopté par un couple et élevé de la même manière que son bébé humain, ne s’humanise pas. La deuxième condition est la médiation par d’autres humains; privé de cette médiation, “l’enfant sauvage” ne s’humanise pas, lui non plus. L’homme n’est pas le seul animal social, ni même le seul culturel, mais c’est le seul qui entre dans un monde comportant autant de médiations historiquement construites par ceux qui l’ont précédé, y compris des médiations par symboles”.

 

Ainsi apprendre est étroitement lié au processus d’humanisation. “Apprendre, c’est toujours apprendre quelque chose et, pour l’apprendre, il faut entrer dans le rapport épistémique qui le permet – et qui n’est pas le même pour apprendre à nager, à mentir, la poésie ou les mathématiques. Mais apprendre est toujours plus qu’acquérir un geste, un comportement, un savoir, c’est entrer dans un monde partagé avec d’autres, dans une situation socio-historique particulière et en y occupant une certaine place et, par son histoire, s’y construire comme exemplaire singulier de l’humain. Aussi ce rapport épistémique est-il toujours, également, un rapport social et identitaire. Apprendre, c’est apprendre sous une forme particulière, dans un rapport épistémique (c’est faire quoi?). Apprendre, c’est partager le monde avec d’autres, dans un rapport social (c’est partager le monde avec qui, en quelles positions réciproques?). Apprendre, c’est se construire soi-même, se vouloir, se protéger et s’inventer, dans un rapport identitaire (c’est construire qui?). Donc, le rapport à l’apprendre – et le rapport au savoir, forme particulière de l’apprendre – est toujours, à la fois, épistémique, social et identitaire”.

L’article

Education ou barbarie

Penser le bonheur d’apprendre

 

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/05/06052021Article637558809135678356.aspx

 

 

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