France: Les socialistes et l’après-Blanquer : Faut-il tout annuler ?

France/ 11 Mai, 2021/ Source/ http://www.cafepedagogique.net/

Par Par F Jarraud

Quel projet pour l’Ecole et que faire de l’héritage de JM Blanquer ? A un an de la présidentielle, deux partis de gauche, le PS et Générations, le parti de Benoît Hamon, commencent à dévoiler leur projet éducatif.  Dans l’hypothèse d’un retour au pouvoir, la rupture avec le quinquennat Blanquer reste à penser tant les projets sous-estiment l’héritage.

 

Un nouveau projet pour l’Ecole

 

Des propositions nouvelles, le Parti socialiste n’en manque pas. Le 6 mai, il organisait une présentation en live de son projet pour l’Ecole : “la république éducatrice à l’assaut des inégalités”. “Nous sommes le parti de l’école et nous ne croyons pas au discours menteur servis par le gouvernement actuel, mettant dos à dos le mérite et l’égalité et abandonnant en définitive les « vaincus de la compétition scolaire » à ce qu’il pense être leur destin de perdant. Nous ne souscrivons pas non plus au fantasme de l’égalitarisme et d’un prétendu « nivellement par le bas », ni à la fable d’un élitisme bienfaisant consistant, en réalité, essentiellement à substituer à la promesse républicaine d’« une place pour chacun », l’injonction du « chacun à sa place ». Nous continuons de défendre, contre le malthusianisme rampant des réformes en cours du lycée ou de la formation professionnelle, l’objectif de démocratisation scolaire et d’élévation générale du niveau de formation”, annonce le PS.

 

La mixité sociale y compris pour le privé

 

On retrouve dans ce nouveau projet des éléments nouveaux et d’autres plus anciens. Le PS défend toujours l’alliance éducative “non seulement au coeur des établissements mais également aux abords des établissements en associant tous les acteurs de l’éducation populaire”. Ainsi il est question de “renforcer les continuités et complémentarités éducatives entre l’école et l’extérieur”. Le PS propose la création d’un “service public de l’accompagnement éducatif individuel de chaque jeune” qui reposerait sur les enseignants et CPE mais aussi sur “l’ensemble de la communauté éducative”.

 

Un autre élément important du projet éducatif , c’est l’accent mis sur la mixité sociale. Le PS “rompre avec la ségrégation sociale” en agissant sur la carte scolaire “dès la maternelle” en intégrant l’enseignement privé dans la carte scolaire. Le PS propose d’intégrer dans le cours d’EMC la compréhension des modes de production des inégalités sociales et scolaires.

 

Le parti souhaite aussi “casser les barrières entre les filières générales, technologiques et professionnelles” des lycées sans pour autant réunir les lycées professionnels et LGT. Il annonce une “refonte de l’éducation prioritaire” avec des “assises” à l’automne 2022.

 

Majorité sociale à 18 ans

 

Tout un pan du nouveau programme concerne les jeunes. Le PS propose de fixer la majorité sociale à 18 ans, c’est à dire de combler le vide entre 18 et 25 ans pour l’accès aux aides sociales. La crise actuelle impacte fortement les jeunes, obligés de retourner chez leurs parents ou de faire la queue pour pouvoir manger. Un “minimum jeunesse” automatique serait créé à 18 ans , du même montant que le RSA. Quant à la majorité politique , le PS demande qu’elle soit avancée à 16 ans.

 

Réforme du prioritaire et priorité au primaire

 

Tout cela fait il une rupture avec l’ère Blanquer ? On trouve des points communs. Ainsi la réforme de l’éducation prioritaire. ” C’est parce que l’éducation prioritaire est essentielle que cette politique publique doit être regardée sans tabous et sans oeillères”, écrit le PS. ” Il faut produire une nouvelle réflexion collective sur ce sujet qui ne soit ni un récit historique, ou une somme d’expériences d’acteurs, ni une compilation de bilans, ou une liste d’évaluations. Il faut trouver le chemin commun pour interroger et analyser cette politique autour d’un fil rouge : la lutte contre les inégalités. Car force est de constater qu’une question majeure se pose : quel est le rôle politique actuel de l’éducation prioritaire : accompagner le public le plus en difficulté ou lutter vraiment contre les inégalités ?”  Certes il n’est pas question de démanteler l’éducation prioritaire, comme JM Blanquer le prépare en transférant les fonds consacrés aux banlieues populaires vers les territoires ruraux qui en réalité n’ont pas de déficit scolaire.

 

La “priorité au primaire” est aussi dans le programme PS. ” Il faudra reprendre la priorité à l’école primaire, qui ne saurait se réduire au dédoublement de certaines classes. Nous consacrons 18 % de moins que nos voisins à l’école primaire – et 38 % de plus pour les lycées. Ce chiffre montre bien l’ampleur de l’effort à réaliser. C’est un plan de rattrapage et un plan d’investissement qui doivent être engagés pour l’école maternelle et élémentaire”.

 

Revalorisation et missions des enseignants

 

Pour les enseignants, le PS veut une revalorisation salariale et non des primes et instaurer une médecine du travail. Rappelons que la dernière revalorisation remonte à 2016 avec le dégel du point fonction public, qui sera regelé par E Macron, et les accords PPCR (gelés eux aussi durant un an par E Macron).

 

Mais il s’agit de “mieux identifier les missions des enseignants”. Même si le PS prend ses distances avec le Grenelle de l’éducation. ” Une telle réflexion doit être conduite dans le cadre d’un dialogue social avec les syndicats d’enseignants. Elle ne pourra se mettre en place que dans un cadre restauré de confiance que le ministre Blanquer n’a jamais su installer, bloquant toute réflexion sur l’avenir du métier”.

 

Assumer la rupture

 

On le voit le programme n’est pas totalement imperméable aux thèmes lancés par JM Blanquer qui sont liés au nouveau management public. Il n’assume pas une rupture idéologique totale avec le quinquennat Blanquer à l’exception de la formation des enseignants qu’est en train de mettre en place JM Blanquer qui est vivement condamnée.

 

Rien n’est dit sur les nouveaux programmes, très fortement modifiés par JM Blanquer de l’élémentaire au second degré et bientôt en maternelle. Rien sur l’obsession des fondamentaux qui marque le règne de JM Blanquer, rien sur l’échec des dédoublements. Rien sur la réforme de l’apprentissage de la lecture et la pénétration des associations proches de JM Blanquer. Rien même sur les établissements internationaux, une filière qui ramène l’Ecole publique à l’avant guerre.

 

Il est vrai que le ministre a su remarquablement communiquer sur ses réformes, dont les finalités gestionnaires sont embrumées par un discours sur la réussite scolaire qui arrive à camoufler l’école du tri accéléré depuis 2017.

 

Ce travail de décryptage des choix politiques du ministre semble mieux porté par Générations, la petite formation de l’éphémère ministre de l’éducation Benoît Hamon. “Tout pour l’opinion publique, rien pour les élèves”, écrit dans un communiqué Générations le 7 mai. “Blanquer n’a fait que renforcer ce qu’il y a de pire dans notre système scolaire. A tous les niveaux de l’enseignement public et notamment dans l’architecture de son nouveau bac. Il met l’évaluation au centre et non les savoirs. C’est l’école des premiers de cordées, de la mise en concurrence des élèves… A cela nous opposons un autre projet social. Une école de la coopération… C’est pourquoi il faudra revenir sur ces “réformes” qui sont porteuses d’un projet de société destructeur”.

 

La question des cadres

 

Si elle revient au pouvoir la gauche n’aura pas qu’à se mettre au clair par rapport à l’idéologie du nouveau management public et aux orientations budgétaires dans un pays en crise. Elle aura un dernier défi à relever. En 5 années, JM Blanquer a totalement renouvelé les cadres de l’éducation nationale. Cela concerne les directeurs de la centrale et les recteurs. Mais aussi les dasen et dasen adjoints. La formation des inspecteurs a elle aussi  été prise en main. Pour effacer le quinquennat Blanquer il faudrait aussi s’attaquer à cette difficulté. Ou s’attendre à voir longtemps continuer l’oeuvre de JM Blanquer.

Le programme du PS

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/05/10052021Article637562211955500537.aspx

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