France: Nadia Leinhard : La classe dehors

France/ 17 Mai, 2021/ Source/ http://www.cafepedagogique.net/

Par Francois Jarraud

À l’école primaire Libération de Rochefort (Charente-Maritime), les projets ne manquent pas. Dans cette petite école de cinq classes, inscrite dans le projet « génération 2024 », tout est fait pour que chaque élève soit complètement acteur de ses apprentissages. En maternelle, c’est faire classe en pleine nature qui porte les deux enseignantes. Nadia Leinhard, enseignante de la classe des moyennes et grandes sections, s’est investie dans l’aventure, elle raconte.

 

Nadia Leinhard a 51 ans et enseigne depuis près de vingt-neuf ans. Elle a toujours cherché à  renouveler sa pratique pédagogique. Et pour ce faire, elle se forme, participe à des rencontres (telles que celles de l’AGEEM), lit beaucoup… Et elle forme aussi. Maitresse d’accueil temporaire (accueil de jeunes enseignants stagiaires ou de M1) depuis quatre ans, elle s’est décidée à passer le CAFIPEMF (certificat d’aptitude à la formation des PE) cette année, et elle est admissible.

 

Connecter les élèves à la nature

 

Depuis 2018, c’est dans l’école du dehors que s’investit Nadia. « Je suis en recherche constante sur la pédagogie à mettre en place afin de rendre les apprentissages efficients. J’ai mis en place des plans de travail, avec un accueil tous les matins des parents afin de co-construire les apprentissages, l’école du dehors représentait une nouvelle démarche pédagogique à explorer » explique-t-elle.

 

En octobre 2018, elle assiste à une journée de formation dispensée par le Graine Poitou Charente – Groupe Régional d’Animation et d’Initiation à la Nature et à l’Environnement, réseau d’éducation à l’environnement. Elle y découvre Crystèle Ferjou, conseillère pédagogique mais aussi ex-instit qui a longtemps pratiqué la classe du dehors, l’une des pionnières en France. « Après la rencontre avec Crystèle Ferjou, nous devenons praticienne de l’école du dehors ma collègue de TPS PS MS Laurence Méhauté et moi » raconte Nadia. « L’idée fondatrice est de connecter les enfants à la nature afin qu’elle fasse partie de leur intimité. Les recherches anglo-saxonnes ont déjà montré que la pratique de l’école du dehors contribue à maintenir les élèves en bonne santé, qu’elle participe au développement de la communication, la collaboration, la créativité et l’esprit critique, qu’elle favorise l’acquisition des savoirs en langues, en sciences et en mathématiques, qu’elle aide à la gestion du stress et renforce l’estime de soi ».

 

Avant le confinement de mars 2020, c’était une à deux matinées de classe à l’extérieur de l’école, depuis le premier déconfinement, la classe du dehors est quotidienne. Et ses vingt-et-un élèves âgés de quatre et cinq ans ne s’en portent que mieux.

 

Si Nadia et sa collègue peuvent mener à bien ce projet, c’est aussi et surtout car à quelques minutes à pied de l’école elles ont une peupleraie d’un hectare à leur entière disposition. Peupleraie qui est aménagée et entretenue par la direction des espaces verts de la ville de Rochefort, partenaire privilégié du projet. « Cette année, nous avons plusieurs grands projets : l’abattage de peupliers et la plantation d’espèces endogènes au service de la biodiversité et la création d’un potager » raconte Nadia, les rondins de bois servent de chaises aux élèves.

 

Une classe du dehors un peu comme une classe de dedans

 

Faire la classe du dehors n’empêche pas l’appropriation des apprentissages, comme à « l’école du dedans ». Les matinées pour les élèves de Nadia sont assez semblables à celles des autres petits élèves du même âge : accueil des élèves, étiquettes des prénoms pour noter sa présence, jours de la semaine, comptage des absents, appelle de la cantine… Vient ensuite la petite marche vers la peupleraie.

 

Arrivés sur place, il existe un rituel immuable, les élèves saluent les petits lutins – imaginaires et qui s’expriment par le biais de l’enseignante. « – Toc Toc Toc, Bonjour les petits lutins de la peupleraie. – Pouvons-nous entrer dans la peupleraie ? – Avec plaisir, si vous respectez la règle des trois R : Respect de soi – Respect des autres – Respect de la nature, Bienvenue ! ». Les enfants ont un temps de jeux libres, les adultes les observent, prennent des photos…

 

Ensuite, comme dans toutes les classes de maternelle, les élèves tournent sur trois ateliers, les apprentissages sont verbalisés… Mais la grande différence, c’est que là les apprentissages ne sont pas abstraits, c’est à partir de ce qu’ils voient, de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils sentent, de ce qu’ils ressentent que se construisent les savoirs.

 

Travailler les compétences psychosociales

 

Du côté des compétences psychosociales, c’est banco. « La nature a un effet cathartique sur les enfants, les postures de refus en classe dedans diminuent de façon spectaculaire dehors. Dehors le stress, le bruit diminue et les interactions s’apaisent. Trois élèves qui exprimaient pendant deux périodes tous les matins leur tristesse et anxiété expriment à présent de la joie. La nature favorise l’inclusion, tous les enfants y trouvent leur place. Les éléments naturels permettent aux enfants de coopérer dehors : traverser le fossé, monter sur la butte, porter des rondins, pousser la brouette, porter des branches. Une solidarité se met en place comme par exemple offrir un escargot à un enfant à besoin particulier pour qu’il l’observe. L’égalité fille-garçon, aussi, devient naturelle. Les garçons jouent avec les filles et tous les élèves ont des interactions entre eux. Le besoin d’espace et de mouvement sont nourris, les élèves progressent en motricité, les capacités d’attention dehors se développent dehors et en classe. Le besoin de mouvement est primordial en maternelle. Pour qui sait regarder la nature elle fait partie intégrante du parcours culturel et devient une source d’émerveillement. Les enfants et les adultes aiguisent leur sens. Petit à petit la nature entre dans l’intimité de l’enfant, l’enfant intègre les gestes écocitoyens. Il s’indigne lorsque la nature n’est pas respectée, avec les déchets par exemple, explique à ses pairs de ne pas taper le vivant, remercie l’escargot et le remet dans son milieu, apprend la frustration et l’accepte ».

 

Faire la classe du dehors pourrait faire grincer les dents des parents d’élèves, mais pas à l’école Libération. Nadia, l’ATSEM Christelle Fauquembergue ainsi que laurence Méhauté, qui a pourtant une classe accueillant des tout petits, ont su les rassurer en les invitant à participer aux ateliers par exemple.

 

Autre inquiétude, faire classe dehors, n’est ce pas prendre le risque de perdre un élève ? Là encore, l’équipe pédagogique est rassurante. Dans un premier temps, Nadia et ses collègues indiquent à leurs élèves qu’ils peuvent s’éloigner mais qu’ils doivent toujours pouvoir voir l’une d’entre elles. Puis, elles ont construit, avec les élèves, des jeux et panneaux de signalisation leur permettant de se repérer dans l’espace et appréhender le danger. Depuis, les élèves sont libres d’investir chaque recoin de la peupleraie… Finalement un hectare, ce n’est pas si grand que ça…

 

Et concernant les tenues, si les parents ne peuvent pas financer les manteaux, cirés, bottes fourrées, moufles… L’école, grâce au budget de la commune, en acheter en quantité suffisante.

 

La classe du dehors commençait déjà à faire des émules avant la crise sanitaire, et cette dernière n’a fait que confirmer le besoin, pour beaucoup d’enseignants, de renouer avec la nature. Parfois, c’est aussi par utilité. Comment faire classe avec les élèves en mettant en place les mesures sanitaires ? Distanciation, classes trop petites. Aérer, impossible avec certaines fenêtres… Ainsi la classe du dehors est bénéfique à plusieurs égards, d’un point de vue des apprentissages, des compétences psychosociales, mais aussi pour assurer un minimum de sécurité sanitaire.

 

Lilia Ben Hamouda

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/05/12052021Article637563926173485900.aspx

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