France: Versailles : Le Grenelle traduit sur le terrain

France/ 30 Mai, 2021/ Source/ http://www.cafepedagogique.net/

Par Francois Jarraud

C’est de Versailles que nous viennent les premières applications du Grenelle de l’éducation sur le terrain. Au lendemain des annonces de JM Blanquer, la rectrice de Versailles publie sa ” Feuille de route pour les ressources humaines” Si certaines mesures sont intéressantes, comme le soutien aux primo arrivants, la rectrice décline surtout tous les outils du managériat d’entreprise. Ainsi Versailles aura son “club des managers”, des enseignants badgés chargés d’appuyer le chef d’établissement ou le directeur d’école,  des pré rentrées étendues en éducation prioritaire et de très nombreux postes à profil supplémentaires. Le “pilotage” des enseignants est renforcé. Coté formation le discours c’est de répondre aux demandes du terrain mais la rectrice annonce déjà la priorité aux pédagogies comportementales. ” La désinfantilisation et la fin de l’individualisme” annoncées par JM Blanquer le 26 mai c’est tout simplement la prise de pouvoir du New Public Managament.

 

“Moderniser” la gestion…

 

 ” Nous avons voulu marquer délibérément nos efforts pour une politique de l’encadrement renouvelée… en mobilisant toute les marges de manoeuvre possibles et envisageables sur cette question”. Si la Feuille de route pour les ressources humaines de l’académie de Versailles ne traite pas que du pilotage, il lui accorde une nette priorité.

 

Il s’agit de “moderniser la gestion RH” en “redonnant des marges de pilotage et d’autonomie aux établissements” et de “renforcer la synergie des collectifs avec la mise en place d’un club des managers pour partager les bonnes pratiques”. Quant aux directeurs d’école ils seront “pleinement intégrés dans la communauté de l’encadrement”.

 

C’est multiplier les sous-chefs…

 

La Feuille de route décrit le nouveau dialogue de pilotage renforcé. ” Reconnaître des fonctions en établissement qui articulent enseignement et responsabilités permettant de constituer une équipe « d’encadrement intermédiaire » en appui de l’équipe de direction (responsables par niveau, coordinateurs numériques, éducation artistique et culturelle (EAC), coordinateur formateur et mentorat, coordinateur orientation et relation avec le monde économique) ; Reconnaître ces responsabilités par une logique d’open badge et prévoir des éléments de rémunération.. ; Expérimenter des missions de « secrétaire général de territoire » pour plusieurs établissements ou circonscriptions”. Enfin il est question de “préparer les inspecteurs à la dimension managériale de leur fonction”.

 

L’académie va multiplier ces “équipes d’encadrement intermédiaire”, c’est à dire des enseignants chargés de mission pour épauler les directions auprès de leurs collègues. Dans le premier degré il est prévu de leur donner des IMP (ce qui sera une nouveauté). Dans le second visiblement de jolis badges suffiront peut-être. Le développement des ces hiérarchies intermédiaires était recommandé par le rapport du CSEN réalisé pour le Grenelle de l’éducation. Il s’appuie sur l’expérience de Singapour, une cité état autoritaire de tradition chinoise où les enseignants sont hiérarchisés chaque supérieur espionnant en permanence et rapportant sur le grade inférieur pour gagner des badges et progresser d’un rang.

 

La création de ” secrétaire général de territoire” est quelque chose de nouveau. Visiblement l’académie en attend qu’ils prennent en charge une partie du travail administratif qui étouffe les directions.

 

Et faire des directeurs des managers obéissants…

 

Regardons de plus près ce qui est prévu pour les directeurs d’école. Actuellement les directeurs ne sont pas les supérieurs hiérarchiques des enseignants. Après avoir essayé de les remplacer par des principaux de collège, le ministre, par la loi Rilhac, relance l’idée de les doter d’une autorité fonctionnelle, c’est à dire de leur donner cette autorité hiérarchique sans créer un corps d’encadrement. La loi Rilhac n’est toujours pas adoptée et elle a du mal à trouver place dans le calendrier parlementaire surtout qu’une partie des députés de la majorité n’a pas oublié la mobilisation des enseignants et des maires durant la loi Blanquer.

 

Dans la Fiche de Versailles, il est question “d’intégrer pleinement les directeurs d’école dans la communauté de l’encadrement”. Il faut ” responsabiliser pleinement le directeur d’école dans l’animation de son équipe”, ce que permet justement la délégation d’autorité puisqu’elle est révocable à volonté ce que ne permettrait pas la création d’un corps. Les futurs directeurs seront sous pression constante des IEN et bien plus “efficaces” en ce sens. C’est du moins le voeu du ministre qui a fait référence au “modèle québécois”. Mais au Québec comme en Suède, quand on a augmenté les pouvoirs des directeurs sur les enseignants, on a augmenté aussi les démissions, beaucoup de directeurs estimant le métier trop difficile. Le nouveau management public ça ne marche pas.

 

La fiche prévoit  “d’expérimenter des solutions de « décharge » de certaines tâches administratives des directeurs (en les reportant sur les nouvelles fonctions de « secrétaires généraux territoriaux » de circonscription ou sur les services académiques) ; revoir le processus de recrutement des directeurs d’école (liste d’aptitude repensée en fonction des nouvelles compétences attendues) ; proposition de parcours de formation au management d’équipe”.

 

Evidemment chaque proposition pose problème. Par exemple le recrutement des directeurs alors que des enseignants sont déjà inscrits sur des listes d’aptitude. Seront ils remplacés par d’autre s meilleurs “managers” ?

 

Grâce aux pédagogies comportementales

 

Reste la transformation pédagogique. L’académie fait le choix de privilégier les formations aux fondamentaux (plan français et maths imposés par le ministère) et sur les “compétences socio-comportementales”. ” Il apparait essentiel de renforcer la formation des enseignants exerçant en réseau d’éducation prioritaire en matière d’apprentissages des fondamentaux, des valeurs de la République et de développement des compétences socio-comportementales”, écrit notamment l’académie, sans fixer de date précise d’application.

 

Là aussi il s’agit d’une retombée du rapport du CSEN du Grenelle et d’un nouveau hochet ministériel. Antérieurement un rapport de Yann Algan, Élise Huillery, Corinne Prost (membres du CSEN)  met en avant l’efficacité des formations sur ces compétences. Une Note du Cnesco tempère cet enthousiasme. Une étude sur le programme SEL montre des gains sur l’identification des émotions et la résolution de conflit, sur les attitudes envers soi-même (sentiment d’efficacité personnelle, estime de soi…) et les autres. Mais aucun impact sur les comportements sociaux positifs (coopération, effort pour aider les autres) et les problèmes de comportement.

 

L’académie de Versailles est la plus importante des académies françaises. Elle est dirigée par une proche du président de la République , nommée de façon dérogatoire. Les choix effectués par cette Feuille de route pour les ressources humaines montre t-elle pour autant une rupture ? Elle prépare et peut-être annonce la transformation des directeurs d’école en managers. Elle pousse plus loin les  recettes du nouveau management public dont on sait maintenant qu’il est une impasse. Est-elle à même de répondre au défi du recrutement qui est le premier problème de l’académie ? On peut en douter.

 

François Jarraud

 

La Feuille de route

 

D’autres académies ont publié leur feuille de route le 27 mai : Strasbourg et Montpellier par exemple. Nous vous laissons les découvrir…

 

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/05/28052021Article637577789039150358.aspx

 

 

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