France: Guide de l’évaluation : Les enseignants au travail aux pièces

France/ 14 Septembre, 2021/ Source/ http://www.cafepedagogique.net/

Par François Jarraud

Le ministère franchit une nouvelle étape. Le “Guide de l’évaluation” publié par le ministère pour les lycées ne traite pas de la pédagogie de l’évaluation. Il s’attache de façon systématique à fixer un nombre de contrôles par discipline qui sera vérifié par le conseil pédagogique et imposé par le chef d’établissement. Il prescrit des types de contrôles précis, par exemple le nombre de contrôles à prendre dans la base nationale. Dans certaines disciplines, il impose un rythme de préparation au bac alors que celui ci devrait dépendre uniquement des élèves réels. Ce guide n’est pas un guide de l’évaluation des élèves. C’est un outil pour l’évaluation des enseignants. Bien qu’officiellement indicatif il est déjà présenté par une académie comme obligatoire. Il entraine encore davantage le métier enseignant vers un travail d’exécutant.

 

La mise sous contrôle du travail enseignant

 

Officiellement le guide “vise à conforter l’égalité de traitement des élèves au sein d’un même établissement et entre établissements différents”. Un souci que l’institution scolaire n’avait pas avec des épreuves terminales au bac mais qu’il prétend affronter maintenant avec ce guide. En réalité ce guide traite du travail enseignant et pas du tout de l’égalité de l’évaluation du niveau des élèves entre les établissements. Il ne pourra pas servir de contrepoids à l’évolution impulsée par la réforme, et déjà officiellement instituée dans Parcoursup, qui fait du bac non plus un diplôme national mais une suite de diplômes locaux. Il s’agit de définir “des principes communs, des préconisations par discipline et par spécialité ainsi que des préconisations pour le pilotage général de l’évaluation” au sein de chaque établissement.

 

Alors que jusque là le choix des évaluations revenait à chaque enseignant qui décidait en fonction de sa connaissance des élèves, le guide, et aussi la note de service sur l’évaluation, impose non un choix collectif, comme il le laisse croire, mais une procédure de controle hiérarchique sur l’évaluation. Comme le dit le guide, “le choix des évaluations ainsi prises en compte est le fruit d’une décision de l’enseignant, prise de façon privilégiée en équipe pédagogique (autour du groupe classe1 et/ou dans un cadre disciplinaire), et d’une appropriation collective de l’établissement. Il relève des missions du chef d’établissement de piloter cette réflexion collective, avec l’appui des corps d’inspection, qui se concrétise par un projet d’évaluation au sein de l’établissement, validé en conseil pédagogique et présenté en conseil d’administration pour les établissements publics comme indiqué dans la note de service… du 28 juillet 2021”.

 

Poussé par l’élitisme, il est probable que les procédures d’évaluation s’aligneront sur les élèves les plus forts de l’établissement. De toutes façons, le guide fixe déjà la barre très haut et ne tient  pas compte de la réalité très hétérogène des élèves.

 

L’obsession du nombre de devoirs par trimestre

 

Il est notable que le guide soit obsédé par le nombre des épreuves pour chaque trimestre. Cela revient régulièrement dans les disciplines. Dans cette approche fordiste, totalement hors sol, le métier enseignant passe d’un travail de concepteur à celui d’exécutant quasi payé à la tâche. Le “Guide” ne dit rien de la pédagogie de l’évaluation dans aucune discipline. Il se limite à fixer des règles permettant un controle du travail enseignant comme on va le voir. Le travail et la progression des élèves ce n’est pas son objectif !

 

Ainsi en langues vivantes, “Par trimestre, on peut envisager environ trois évaluations permettant de fournir une indication pertinente sur le niveau de compétence atteint par les élèves dans au moins trois activités langagières par trimestre, en veillant à varier, au sein du trimestre comme au cours de l’année”.

 

Le type de devoir imposé également

 

En histoire-géographie, en 1ère générale, “Cette évaluation comporte au moins trois notes, dont il est recommandé qu’elles correspondent à des devoirs en temps limité, dans la moyenne de chaque trimestre. Sur l’ensemble de l’année, il est recommandé que trois de ces notes au moins correspondent à un sujet choisi dans la banque nationale de sujets (BNS). En terminale, 3 notes aussi dont deux tirées de la BNS (bel exemple de progressivité à rebours !). En série technologique, “Le volume horaire de l’histoire-géographie commande un minimum d’un devoir sur table par trimestre. Aux deuxième et troisième trimestres de la classe de première, ce devoir doit correspondre à un sujet choisi dans la banque nationale de sujets (BNS)”. Et c’est tout ce que nous dit ce “Guide” sur la pédagogie de l’évaluation…

 

Un enfermement pédagogique

 

En lettres, comme le relève Jean-Michel Le Baut dans l’article suivant, ” Ce qui frappe, c’est combien, dans le prolongement des derniers programmes, le Guide participe à l’enfermement de la discipline sur elle-même. L’enjeu des apprentissages, ce serait donc essentiellement les notes ? L’essentiel des notes, ce seraient donc les épreuves canoniques du bac plutôt que le développement d’utiles compétences et leur travail en classe ? Après le nombre d’explications linéaires, de lignes dans un texte, d’œuvres lues, il faudrait désormais comptabiliser aussi le nombre de devoirs ?”

 

Le Guide de l’évaluation}

Source

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/09/13092021Article637671131582792790.aspx

 

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